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Variations spatiales des indicateurs de perturbation du sommeil associées au bruit nocturne : une étude fine à l’échelle de la population

Gabriel Kathari, ∙ Philippe Voruz, ∙ Hélène Baysson,∙ Stephanie Schrempft, ∙ Silvia Stringhini,∙ Idris Guessous, ∙ Mayssam Nehme, Stéphane Joost
Spatial variations of sleep impairment indicators associated with night-time noise: A fine-scale population-based study, Sleep Health, 2026, January 2026, PMID: 4161755, DOI: 10.1016/j.sleh.2025.11.008
   
Résumé
   
Cette étude, menée à partir des données de la cohorte SPECCHIO, explore comment la qualité du sommeil varie dans le canton de Genève en fonction de l’environnement résidentiel, et notamment de l’exposition au bruit nocturne. Grâce au suivi régulier proposé par SPECCHIO, qui permet de recueillir des informations détaillées sur la santé et les conditions de vie d’un large échantillon de population, les chercheurs ont pu analyser non seulement le score global de sommeil, mais également chacun des indicateurs qui composent l’index (Pittsburgh Sleep Quality Index [PSQI]), tels que la perception subjective du sommeil, la latence d’endormissement, la durée, l’efficacité, les perturbations nocturnes, l’usage de médicaments ou la fatigue diurne.

Les résultats montrent que ces différents indicateurs de la qualité du sommeil ne sont pas répartis de manière aléatoire ni homogène sur le territoire genevois. Au contraire, des regroupements géographiques cohérents apparaissent : certaines zones, notamment le centre-ville et les environs de la gare, présentent des valeurs systématiquement plus défavorables, tandis que d’autres secteurs montrent de meilleurs profils de sommeil. Ces patterns spatiaux persistent même après prise en compte des caractéristiques individuelles disponibles dans SPECCHIO, ce qui indique que l’environnement urbain contribue de manière spécifique à la qualité du sommeil.

L’étude s’est également appuyée sur les niveaux de bruit nocturne mesurés objectivement à l’aide de données acoustiques géoréférencées. Si certaines dimensions du sommeil, comme la latence d’endormissement ou l’efficacité du sommeil, présentent des liens avec ces mesures, le bruit objectif n’explique pas à lui seul les zones de mauvaise qualité du sommeil. La perception du bruit, c’est-à-dire la gêne déclarée par les participants s’avère souvent un indicateur plus fort que les mesures environnementales réelles. Deux personnes exposées au même bruit peuvent en effet vivre une expérience du sommeil très différente selon leur sensibilité, leur état psychologique ou leur contexte de logement. Cette distinction souligne la complémentarité entre mesures environnementales et données déclaratives rendues possibles par SPECCHIO.

En réunissant des données individuelles, environnementales et géographiques, SPECCHIO offre un cadre unique pour identifier ces dynamiques complexes et comprendre pourquoi certains quartiers présentent un risque plus élevé de perturbations du sommeil. L’étude montre ainsi que la qualité du sommeil résulte d’une combinaison de facteurs objectifs, de perceptions individuelles et de caractéristiques contextuelles propres aux zones de résidence.

L’identification précise de clusters de mauvaise qualité du sommeil ouvre la voie à des interventions de précision : il devient possible de cibler des secteurs spécifiques du canton, d’adapter les mesures de réduction du bruit, d’améliorer l’aménagement nocturne ou d’accompagner prioritairement les habitants vivant dans les zones les plus sensibles. En montrant que la qualité du sommeil n’est ni uniformément répartie ni expliquée par un seul facteur environnemental, cette analyse issue de SPECCHIO fournit une base solide pour développer des actions de santé publique mieux adaptées aux réalités locales et aux besoins spécifiques des populations concernées.
     
Lien vers l'article en anglais